Un écosystème entrepreneurial fort: quels atouts pour les startups locales?

22 novembre 2019

En collaboration avec Baronmag dans le cadre de la Semaine Mondiale de l’Entrepreneuriat

Selon le dernier classement de l’organisme californien Startup Genome, qui sélectionne les villes les plus en vue dans le monde des startups, l’écosystème montréalais a bondi de la 44e à la 33e place mondiale; la ville affichant des scores particulièrement élevés dans les domaines de l’aéronautique et de l’intelligence artificielle.

Jean-François Gauthier, le patron de cet organisme, déclarait récemment dans une conférence: «Si Mark Zuckerberg était né en Afrique, il aurait eu moins de la moitié de chances de succès qu’à San Francisco. Cela signifie que plus de 50% de la réussite de Facebook est lié à sa communauté, et nous situons même ce chiffre à environ 70%.» À Montréal, des incubateurs, accélérateurs, universités et autres organismes gouvernementaux ou non, joignent leurs efforts pour booster leur communauté locale. Quelles retombées positives peuvent attendre les startups locales d’un écosystème fort? Elles sont multiples et se renforcent les unes les autres.

Puiser dans un bassin de talents

«L’un des grands points forts de Montréal est son bassin d’étudiants, qui inclut environ 50 000 étrangers. C’est une force majeure pour l’écosystème, qu’on peut exploiter encore davantage, d’autant que l’on sait que la diversité est directement corrélée avec les performances des entreprises», commente Patrick Gagné, PDG de la Fondation OSMO, dont le mandat est de pourvoir au développement de l’écosystème des entreprises montréalaises en démarrage.

Patrick Gagné, PDG de la Fondation OSMO.

Une collaboration étroite entre universités, instituts de recherche et startups permet par ailleurs de réinventer la recherche et le développement. «L’écosystème, c’est le nouveau système d’innovation», déclare à cet égard Jean-François Gauthier.

Attirer les investisseurs et générer un cercle vertueux

Une jeune pousse au sein d’un écosystème fort attirera plus d’investisseurs. «Un avantage important d’un écosystème fort est l’accès au capital, car les startups ont besoin de pouvoir croître rapidement, explique Ruben Nieuwenhuis, directeur du programme TechConnect visant à renforcer et diversifier l’écosystème de la tech à Amsterdam. Lorsque l’écosystème est mature ou fort, les dynamiques sont en place pour les investisseurs. Ils savent par exemple que les entrepreneur-es comprennent les métriques des investisseurs en capital-risque.»

Par ailleurs, un écosystème solide donne lieu automatiquement à un cercle vertueux, car la croissance et les sorties (ventes) de startups génèrent d’importants revenus qui peuvent être réinjectés ensuite dans d’autres entreprises en démarrage.

Une chaîne de financement forte est d’ailleurs essentielle pour le démarrage de la startup comme après. «L’écosystème doit permettre d’avoir accès au financement à tous les stades de développement de la startup, de l’amorçage à la croissance, incluant le cas échéant une aide pour une introduction en bourse», souligne Patrick Gagné.

Accéder à un réseau et des formations

«Parmi les avantages importants qu’il procure, l’écosystème fort donne un accès rapide au réseau pertinent à l’intérieur de la ville, et également à d’autres réseaux situés à l’extérieur», analyse Ruben Nieuwenhuis. Cela multiplierait les opportunités de rencontres entre entrepreneurs, investisseurs et partenaires potentiels. Terrain d’échanges multiples au niveau local, Montréal devient à l’occasion du Startupfest un lieu de rassemblement mondial d’entrepreneurs et investisseurs.

Ruben Nieuwenhuis, Directeur du programme à TechConnect (Amsterdam).

Les incubateurs et accélérateurs offrent par ailleurs aux jeunes pousses des programmes de formation pour mieux poser les bases de leur projet et se développer. «L’écosystème doit fournir une structure d’accompagnement cohérente et forte en termes de coaching, mentorat, incubation, etc, pour soutenir les entrepreneur-es, déclare Patrick Gagné. Les startups doivent également bénéficier de formations d’appoint, notamment dans les fonctions où elles en ont le plus besoin pour devenir des scale-ups, par exemple pour la commercialisation à l’extérieur».

«Dans les écosystèmes à fort impact, les grandes corporations jouent le rôle de grand frère pour les aider à se développer à l’international.»

Dans notre métropole, des organismes comme Bonjour Startup Montréal, qui guide les entreprises en démarrage, et le Centech, qui offre des programmes de soutien pour les startups technologiques afin d’accélérer et de pénétrer le marché mondial, jouent ce rôle clé d’accompagnement.

Bénéficier de locomotives

Les entreprises qui réussissent au sein de l’écosystème génèrent des retombées positives dans celui-ci, notamment lorsque leur activité a des applications multiples. «Nous avons connu un engouement avec l’intelligence artificielle qui touche à beaucoup d’autres secteurs: la médecine, le transport, le manufacturier, la chaîne logistique, se réjouit Patrick Gagné. Nous avons donc une force vive en IA qui est train de devenir le vaisseau amiral de l’écosystème technologique montréalais en général, pas seulement des startups».

Les entreprises établies doivent aussi épauler les compagnies émergentes. «Dans les écosystèmes à fort impact, les grandes corporations jouent le rôle de grand frère pour les aider à se développer à l’international», souligne Patrick Gagné.

«Il faut que les startups mais aussi les scale-ups et les entrepreneur-es qui réussissent partagent leur savoir, leur réseau et redonnent à l’écosystème par du mentorat et de l’investissement dans des startups locales, pour contribuer à le renforcer», abonde en ce sens Ruben Nieuwhenuis.

Perspectives: Développer l’international

Forte de ses atouts, Montréal doit continuer de développer sa communauté à l’international. «L’étape suivante sera de connecter nos entrepreneur-es avec des écosystèmes mondiaux qui sont en avance, des centres de connaissance mondiaux dans la tech, pour pouvoir pénétrer ces marchés mondiaux plus rapidement», préconise Jean-François Gauthier.

JF Gauthier de Startup Genome.

Patrick Gagné confirme cet objectif pour “mettre Montréal sur la map”. «Nous devons inciter nos startups à concevoir leurs produits de manière plus universelle, pas seulement pour le marché québécois ou canadien. Nous l’avons vu à Stockholm, Amsterdam, Tel-Aviv ou Barcelone, des écosystèmes dont le marché est petit comme nous et qui sont résolument tournés vers l’international.»

Un dernier conseil de Ruben Nieuwenhuis à l’attention des jeunes pousses: «Les fondateur-trices et entrepreneur-es de startups doivent être fiers de leur écosystème et parler avec fierté de leur lieu d’origine. À partir du moment où ils le font, ils le rendent attractif pour d’autres startups, des talents, des investisseurs et l’écosystème va grossir. C’est très important!»

La Semaine Mondiale de l’Entrepreneuriat a lieu du 18 au 24 novembre. Il s’agit du plus gros rassemblement entrepreneurial au monde et celui-ci permet à Montréal de démontrer qu’elle est un berceau de talents et d’innovation. Consultez les nombreux événements organisés.

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