La technologie et l’impact au cœur de l’écosystème entrepreneurial de demain

21 novembre 2019

Déjà plus de 1300 à Montréal, les startups devraient être encore plus nombreuses à l’avenir et davantage axées sur l’impact social et environnemental. Elles utiliseront l’intelligence artificielle pour combler les fossés numériques qui existent dans certains domaines, selon les données recueillies et les experts interrogés.

Si certains secteurs sont déjà très numérisés, comme la finance, beaucoup manquent encore cruellement de données historiques. C’est toutefois là que les entrepreneur-es d’aujourd’hui et de demain peuvent se faire une place. «Tout ce qui permet de créer, d’analyser avec un algorithme de prédiction ou d’automatisation est très intéressant, mais on est en retard alors que c’est une bonne opportunité d’affaires», souligne Sylvain Carle, associé chez Real Ventures, une entreprise d’investissement en capital de risque.

À titre d’exemple, il mentionne la jeune pousse québécoise XpertSea, qui a mis au point un système de contrôle de qualité des organismes marins pour l’industrie de l’aquaculture en ayant recours à l’intelligence artificielle et à la vision numérique. Il s’agit d’une niche où il n’existait pas de données préliminaires. «Les entrepreneurs sont arrivés avec une idée de caméras capables de mesurer les microorganismes et de créer tout un jeu de données de références, de performances et d’efficacité dans un secteur gigantesque, mais jamais numérisé», ajoute M. Carle, qui a fait partie des premiers investisseurs de XpertSea.

Sylvain Carle, associé chez Real Ventures. Crédit photo: Yannick B. Gélinas.

En somme, la combinaison d’une activité physique avec un modèle numérique est un concept gagnant et prometteur pour les startups. C’est ce que font déjà les plateformes Airbnb, ou Breather pour la location d’espaces de travail, qui fractionnent l’utilisation des ressources physiques et en transforment ainsi l’accès qui est facilité.

Impact positif

De nombreux investisseurs et entrepreneur-es sont déjà portés à soutenir et à développer des solutions à fort impact sociétal, économique et environnemental. Cela devrait aller en augmentant dans les années à venir, notamment grâce au développement de l’intelligence artificielle, déjà au cœur de l’écosystème des startups montréalaises. Ce sont 66% qui prévoient l’utiliser ou l’utilisent déjà comme levier technologique et elle est une priorité pour 51%, selon le portrait 2019 de Bonjour Startup Montréal qui a sondé 394 jeunes pousses de la métropole, le printemps dernier.

Apparaissent de plus en plus de projets en innovation climatique ou en gestion des conséquences négatives de certaines technologies développées dans les dernières années, de la voiture jusqu’à l’usine. Des algorithmes sont ainsi développés pour permettre à des véhicules d’être plus efficaces dans leur consommation d’énergie ou pour décontaminer des terres surexploitées.

C’est également vrai dans le domaine de la santé avec, par exemple, la jeune entreprise IMAGIA qui utilise la reconnaissance d’image pour détecter les cellules cancéreuses. «Leur algorithme est à 95% de précision, quand les meilleurs spécialistes sont à 90%», lance Sylvain Carle. L’idée n’étant pas de remplacer la décision humaine, mais plutôt de la faciliter en l’outillant plus adéquatement.

Le directeur de l’accélérateur d’entreprises technologiques de l’ÉTS Centech, Richard Chénier, voit quant à lui des opportunités dans tout ce qui est relié au manufacturier, au domaine médical et à l’agriculture. «Nul ne peut nier le fait que la technologie prend de plus en plus de place dans tous les secteurs de nos vies, dit-il. La tendance n’ira pas en diminuant, le développement par les startups étant souvent plus rapide et agile que pour les entreprises traditionnelles.»

Richard Chénier de Centech. Courtoisie Centech.

Une plus forte cohésion

Patrick Gagné, président en résidence d’OSMO, qui cherche à faciliter la croissance des écosystèmes entrepreneuriaux à Montréal, remarque qu’une tendance forte à la collaboration est en train de se mettre en place. «De plus en plus d’accélérateurs collaborent entre eux, un changement de culture et d’état d’esprit est en marche, c’est très positif», observe celui qui est lui-même entrepreneur en tech depuis 20 ans et qui a notamment cofondé Téo Taxi. M. Gagné prend en exemple Bonjour Startup Montréal, cofondé grâce à une alliance entre Montréal inc. et OSMO ainsi que le Coopérathon de Desjardins, qui est en phase de prendre une ampleur inégalée.

Avec Bonjour Startup Montréal, Patrick Gagné souhaite que la Ville se place parmi les 5 meilleures au monde d’ici les cinq prochaines années, alors qu’elle est actuellement classée entre la position 32 et 34 du classement établi selon Startup Génome«Ce sera possible en travaillant sur trois axes identifiés comme des faiblesses à Montréal, soit l’internationalisation, l’accès aux talents et l’engagement des grandes entreprises en tant qu’investisseurs», souligne Patrick Gagné qui revient d’un voyage à Amsterdam et Stockholm, des écosystèmes de même gabarit que Montréal.

La capitale de la Suède est en effet la deuxième plus grande productrice de licornes au monde. On ne parle pas ici des créatures mystiques, mais de startups qui sont valorisées à hauteur de 1 milliard de dollars US, tels que Spotify et Skype. Il est donc pertinent de s’en inspirer pour atteindre les objectifs visés au Québec.

Patrick Gagné, PDG d’OSMO (avril 2019). Crédit photo: Charlotte Blouin-Arbour.

À cet effet, des démarches sont déjà en cours pour que les startups deviennent des scale-ups, c’est-à-dire en phase de croissance accélérée avec Scaleup Nation, pour mobiliser les fondateur-trices et les grandes entreprises par le biais d’Innovation Pioneers, mais aussi pour accroître les talents en ingénierie de croissance grâce à Growth Tribe Academy.

Profils entrepreneuriaux 

Richard Chénier estime que les universités sont de plus en plus actives et manifestent un grand appétit pour transférer plus de propriété intellectuelle de leurs établissements via l’entrepreneuriat.

Une observation qui rejoint celle de Sylvain Carle. «Je commence à voir des gens plus âgés, comme des professeurs d’université, très pointus dans leur domaine et qui vont aller se chercher un cofondateur très techno, indique-t-il. C’est beaucoup plus intéressant pour moi de travailler avec des gens qui connaissent bien leur secteur.»

Enfin, de plus en plus d’entrepreneur-es démontreraient l’ambition de s’étendre à l’international, selon les experts interrogés. Ce sont 82% des dirigeant-es qui ont exprimé cette ambition à Montréal, tandis qu’ils se déplaçaient en moyenne deux fois par an à l’étranger en 2018.

À surveiller dans le monde startup: la croissance des technologies, des impacts pour la société et l’environnement, de nombreuses collaborations et de plus en plus de femmes.

Si les hommes dominent encore largement chez les fondateurs de startups montréalaises (85%), les femmes pourraient bien prendre davantage de place dans les années à venir. Des initiatives pour les inciter à se lancer, les outiller et les inclure sont progressivement mises en place, telles que le Women Founders Project par Front Row Ventures, le BOOSTcamp femmes de Montréal inc. ou encore l’Initiative d’inclusion pour participer au Startupfest 2019.

La Semaine Mondiale de l’Entrepreneuriat a lieu du 18 au 24 novembre cette année. Consultez les nombreux événements organisés. Apprenez-en plus ici.

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